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Pour la Ligue des champions, le football anglais transformé

Dire que certains avaient misé sur un effondrement des clubs anglais avec le Brexit…

Cette tribune de Michel Pautot, avocat au barreau de Marseille, rédacteur en chef de Légisport a été publiée sur le site internet Huff Post le 15 septembre 2021.

Le football anglais est en haut de l’affiche depuis plusieurs saisons et ce n’est pas nouveau. 2019 et 2021 sont-ils les points culminants de cette domination ? Nous pouvons légitiment le penser avec les finales « anglaises » de mai 2019 de la Champions League (Liverpool FC – Tottenham Hotspurs FC) et de l’Europa League (Chelsea FC – Arsenal FC) et également, l’année 2021 qui est également historique pour le football anglais avec la finale de la Champions League 100% anglaise entre Chelsea FC à Manchester City FC, sans oublier l’accession de Manchester United FC en finale de l’Europa League. Cerise sur le gâteau, l’équipe nationale d’Angleterre a également été en finale de l’Euro… Dire que certains avaient misé sur un effondrement des clubs anglais avec le Brexit… Ces victoires anglaises me rappellent une partie de ma jeunesse lorsque les clubs anglais remportaient les Coupes d’Europe (Champions League pour Nottingham Forest FC en 1979 et 1980, Liverpool FC en 1981 et 1984, Aston Villa FC en 1982, ou encore Coupe des Coupes pour Everton FC en 1985, Coupe UEFA pour Ipswich Town FC en 1981 et Tottenham Hotspurs FC en 1984).

Aujourd’hui, les amoureux du football sont ravis, c’est le coup d’envoi de la Champions League 2021-2022 avec quatre clubs anglais : Chelsea FC, Manchester City FC, Liverpool FC et Manchester United FC.  Très souvent, nous avons entendu et lu que le football anglais était en danger avec la mondialisation mais force est de constater que cette dernière a transformé le football anglais. 

Migrations, migrations

Il y a quelques années déjà, Marcel Desailly, Champion du Monde et d’Europe de football et ancien joueur de Chelsea FC, expliquait lors du Colloque LEGISPORT que j’avais eu grand plaisir à organiser à Marseille que l’internationalisation a apporté la « lumière » à la Premier League. Lors de ce Colloque, nous avions expliqué l’importance des joueurs et des managers étrangers en Angleterre de l’époque, dont l’écossais « Sir » Alex Ferguson avec Manchester United, mais également Kenny Dalglish (Écosse), Arsene Wenger (France), Claudio Ranieri (Italie), José Mourinho (Portugal), Rafael Benitez (Espagne)…

N’oublions pas que l’étude des migrations internationales de joueurs et d’entraineurs de sports collectifs est devenue un sujet digne d’intérêt après la libéralisation de la circulation des personnels sportifs communautaires et non communautaires. Avec LEGISPORT, nous réalisons chaque année l’étude « Sport et Nationalités » et la tendance pour les équipes est de jouer la carte de la mondialisation, sauf cas particulier. La Premier League et ses clubs de football ont su faire de la mondialisation un atout pour gagner.

Les finales « anglaises » de mai 2019 de la Champions League (Liverpool FC – Tottenham Hotspurs FC) et de l’Europa League (Chelsea FC – Arsenal FC) sont bien connues, nous venons de les citer. La dernière finale de la Champions League lors de laquelle Chelsea FC y a battu Manchester City FC 1-0 à Porto le 29 mai 2021 est intéressante dans la mesure où elle apporte la preuve de l’influence des joueurs étrangers.  Notamment le but marqué par Kai le joueur allemand Havertz en finale est primordial, tout comme le rôle joué par l’entraîneur Thomas Tuchel, recruté en cours de saison après avoir été remercié par le PSG. Le coach allemand a aligné au coup d’envoi trois joueurs anglais (Reece James, Ben Chilwell, Mason Mount) et huit joueurs étrangers, trois allemands (Antonio Rudiger, Kai Havertz, Timo Werner), un sénégalais (Edouard Mendy), un brésilien (Thiago Silva), un espagnol (le capitaine César Azpilicueta), un français (N’Golo Kanté) et un italien (Jorginho). Sont entrés en cours de jeu trois étrangers (le danois Andreas Christensen, l’américain Christian Pulisic et le croate Mateo Kovacic). De même, les joueurs français ont apporté leur pierre à cette victoire du club londonien en Coupe d’Europe avec la prestation de N’Golo Kanté, homme de la finale et les huit buts inscrits par Olivier Giroud lors de la compétition dans l’intégralité de la saison européenne, même s’il n’a pas joué la finale.

Du côté de Manchester City, finaliste de la Champions League, l’espagnol Pep Guardioala a aligné dans le onze de départ quatre anglais (John Stones, Kyle Walker, Phil Foden et Raheem Sterling) et sept étrangers (le brésilien Ederson, l’ukrainien  Oleksandr Zinchenko, les portugais Ruben Dias et Bernardo Silva, l’allemand Ilkay Gundogan, l’algérien Riyad Mahrez et le belge Kevin de Bruyne, capitaine). 

La mondialisation n’a pas affaibli le football anglais

La mondialisation n’a pas affaibli le football anglais et l’universitaire libanais en sciences du sport Nadim Nassif de nous déclarer : « statistiquement parlant, la mondialisation n’a pas vraiment nui à la formation en Angleterre. En 2017, l’Angleterre a gagné la coupe du monde des moins de 20 ans pour la première fois de son histoire, la coupe du monde des moins de 17 ans pour la première fois de son histoire, la coupe d’Europe des moins de 19 ans pour la première fois depuis 1993, le tournoi de Toulon des jeunes (qu’elle a également gagné en 2016 et 2018). Ce travail sur les jeunes a porté ses fruits chez les seniors. Jamais l’équipe nationale Anglaise n’a fait une demi-finale de coupe du monde suivie par une finale de l’Euro (où elle n’a perdu aucun match dans le temps réglementaire). Avec beaucoup d’argent et de savoir-faire on peut profiter de la mondialisation, tout en développant la formation ».

Nicolas Scelles, senior lecturer à Manchester Metropolitan University Business School que nous avions interrogé dans le bulletin d’informations juridiques sportives LEGISPORT après la finale 100% anglaise de la Champions League 2019 n’hésitait pas à déclarer : « La mondialisation a deux effets opposés. D’un côté, l’afflux de joueurs étrangers rend plus difficile l’accès à un statut de titulaire dans un club de Premier League et limite le temps de jeu des joueurs anglais au plus haut niveau. De l’autre, le fait de se confronter à des coaches et joueurs parmi les meilleurs mondiaux, ne serait-ce que sur la base des entraînements quotidiens, contribue à leurs perfectionnements physique, tactique et technique ».

Et le 27 août 2021, excellente nouvelle pour le foot anglais : la star portugaise Cristiano Ronaldo annonce son retour à Manchester United FC…

Des joueurs à l’étranger ?

Du côté de la sélection anglaise de football, les résultats sont là et lors du dernier Euro, la sélection des « trois lions » a atteint la finale. Le coach Gareth Southgate a aligné le onze anglais suivant (10 joueurs en Angleterre) : Jordan Pickford (Everton FC), Kyle Walker (Manchester City FC), John Stones (Manchester City FC), Harry Maguire (Manchester United FC), Luke Shaw (Manchester United FC), Kierian Trippier (Atletico Madrid – Espagne), Kalvin Philips (Leeds United FC), Declan Rice (West Ham United FC), Mason Mount (Chelsea FC), Raheem Sterling (Manchester City FC) et Harry Kane (Tottenham Hotspurs FC). 

Toujours lors de ma jeunesse, j’avais été marqué par des exploits des footballeurs anglais à l’étranger. Inoubliable Kevin Keegan, méga star à Hambourg SV avec des phénoménales performances. Qui ne se souvient pas également de Mark Hateley et Glenn Hoddle à l’AS Monaco FC, Chris Waddle à l’Olympique de Marseille ou plus tard encore Steve McManaman au Real Madrid CF ?