
Me Michel Pautot, avocat au barreau de Marseille, rédacteur en chef de LEGISPORT :
« Le sport, par nature, rassemble, unit, voire fusionne peuples et athlètes. Nous l’avons savouré lors de la communion des Jeux de Paris en 2024. Le sport est à l’évidence synonyme de valeurs, de fraternité et de paix. Lors de la Première Guerre mondiale, à Noël 1914, sur le front, entre les tranchées, du côté de la frontière belge, des soldats allemands et britanniques s’offraient un cadeau inespéré : une trêve en jouant au football. Exemple fort, d’hommes qui, ennemis malgré eux, se retrouvent par le sport. Si les Britanniques ont posé les bases du sport moderne, le rôle des Français a été essentiel dans la naissance des grands événements. On sait le rôle de Pierre de Courbertin dans la restauration des Jeux Olympiques. On connaît l’influence déterminante de Jules Rimet dans la création de la coupe du monde de football, dont le centenaire approche. Jules Rimet, pétri de christianisme social, détectait dans le sport un support d’émancipation. Un journaliste, Gabriel Hanot de L’Equipe, invente la première coupe d’Europe de football. Une compétition qui essaimera dans de nombreuses disciplines. Leur objectif était de rassembler des sportifs et des pays par le sport. Ils sont à ce titre précurseurs de la paix sans avoir obtenu le Nobel !
Dans ses Mémoires, Pierre de Coubertin a écrit : « La noblesse des sentiments, le culte du désintéressement et de l’honneur, l’esprit chevaleresque, l’énergie virile et la paix sont les premiers besoins des démocrates modernes ». A-t-il toujours été entendu ? Oui avec les Jeux d’Anvers en 1920, les « Jeux de la paix », historiques, avec pour la première fois, le drapeau olympique déployé et les envols de colombes. Hélas, pour certains, « le sport, c’est la guerre », c’est la litanie des attentats et assassinats lors des Jeux de Munich 1972, du hooliganisme meurtrier au Heysel en 1985, de la « guerre du football » entre Salvador et Honduras… Le général Franco refusa que l’Espagne se rende en URSS pour disputer les quarts de finale de l’Euro de football 1960. Le sport est aussi capté à des fins de propagande comme en 1936 en Allemagne, souvenirs amers mais Jesse Owens par ses seules performances affligera l’idéologie raciste nazie. Les affrontements politiques ou idéologiques ont été présents lors de différents Jeux (Montréal 1976, Moscou 1980 et Los Angeles 1984).
Le sport aurait pu être utilisé dans les conflits actuels. Il ne l’a pas été. Il peut être à l’origine d’avancées, comme l’équipe du FLN qui a joué pour l’indépendance. La « diplomatie du ping-pong » a permis en 1972 la rencontre entre Richard Nixon et Mao, les USA et la Chine. Les attributions des Jeux olympiques accompagnent les évolutions positives. Au Japon en 1964, il permet à ce pays un retour parmi les nations ; à l’Espagne en 1992, il symbolise la nouvelle vitalité démocratique, en Corée du Sud en 1988, il souligne l’essor de nouvelles nations.
« Le mouvement olympique a pour but de contribuer à bâtir un monde pacifique », déclarait le Président du Comité International Olympique Juan Antonio Samaranch dans un message à LEGISPORT. Des exemples vont dans ce sens. Lors des Jeux de Paris 2024, le selfie des joueurs de tennis de table nord-coréens et sud-coréens a fait le tour du monde. Les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026 offriront-ils une image de paix similaire ? Réponse dans quelques semaines ! »