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Football, vive les derbys en Europe !

Par Me Michel Pautot, rédacteur en chef de LEGISPORT, avocat au barreau de Marseille

Le dimanche 4 janvier 2026, à Paris, un derby opposait le PSG au Paris FC. Le PSG l’a emporté 2-1. C’était le premier derby à Paris depuis la saison 1989-90, quand il opposait le PSG et le Racing Paris 1, club professionnel disparu. Est-ce enfin le retour d’une pluralité des clubs professionnels à Paris ? Comme elle a existé des années 1940 aux années 1960, à l’époque du RC Paris, du Stade français, du Red Star ? L’échec du Racing Paris 1 / Matra Racing dans les années 1980-90 semblait avoir sonné le glas de cette pluralité. La montée en Ligue 1 du Paris FC, aux ambitions fermes mais mesurées, redonne de l’espoir. Les deux clubs arriveront-ils à se compléter comme le font, côté rugby, le Stade Français et le Racing 92 ?

Cette pluralité est le lot commun des grandes villes européennes. Deux clubs de football, la norme s’impose souvent comme à Milan (Milan AC, Inter, tous deux vainqueurs de la Ligue des Champions), Turin (Juventus, Torino), Rome (AS Roma, Lazio), Rotterdam (Feyenoord, Sparta), Hambourg (SV Hambourg, St Pauli), Bruxelles (RSC Anderlecht, US St Gilloise), Vienne (Rapid, Austria), Athènes (AEK, Panathinaïkos, Olympiakos)… La dualité est de mise en Espagne avec Barcelone (le Barca et l’Espanyol). Le sommet a été atteint avec Madrid qui a porté à deux reprises un affrontement entre le Real Madrid et l’Atletico Madrid en finale de la Ligue des Champions en 2014 et 2016. Plus au Nord de l’Europe, deux clubs à Reykjavik, Stockholm, ou à l’Est, Belgrade, Bucarest, Moscou… En Ecosse, la rivalité Celtic-Rangers est légendaire à Glasgow. « L’origine est religieuse. Les clubs à Glasgow (Celtic-Rangers) et Edimbourg (Hibernian-Hearts) ont été créés par les prêtres catholiques et les pasteurs protestants », nous indique James Walshe, ancien homme d’affaires écossais, aujourd’hui à Marseille. « Les prêtres et pasteurs ont créé des clubs pour les jeunes de leurs paroisses ».

« A Londres, chaque club appartient à un quartier avec une identité sociale forte »

L’Angleterre en est championne. Manchester avec City et United, Liverpool avec les « rouges » de Liverpool et les « bleus » d’Everton. Londres parade au sommet avec sept clubs qui sont Chelsea FC, Arsenal FC, Crystal Palace, Tottenham Hotspur, West Ham United, Brentford FC, Fulham FC. Auxquels on ajoute trois clubs en Premiership (équivalent de notre Ligue 2), à savoir Queens Park Rangers, Millwall, Watford FC. On oublie souvent Istanbul, avec cinq clubs.

Jusqu’à la montée du Paris FC, Paris ne rentrait pas dans ce cadre. Il y a quelques années, Pape Diouf, ancien Président de l’Olympique de Marseille me confiait  : « On ne peut pas comparer Londres avec les clubs français. À Londres, chaque club appartient à un quartier avec une identité sociale forte, ce qui n’est pas le cas en France, car les communes sont souvent propriétaires des stades et ils ont voulu impulser un seul club résident… ».  La géographie et la démographie peuvent aussi expliquer cette situation. La commune du Grand Londres s’étale sur 1 579 km2 tandis que Paris se contraint dans environ 105 km2. On compte près de 10 millions d’habitants du côté de Londres contre environ 2,1 millions à Paris. Istanbul est dans le même cas de figure. Il y a de la place et les clubs ne s’y marchent pas sur les pieds. Le cas des stades est effectivement exemplaire.  S’installer en Ligue 1, certes, mais pour jouer où ? A Paris, l’implantation des stades et leur affectation relève du casse-tête, cela ne date pas d’aujourd’hui. C’est un peu un jeu de chaises musicales qui trouvera peut-être une issue si le PSG s’installe un jour dans son stade. Au cours des décennies de l’histoire du football à Paris, les enjeux politiques ont aussi, selon les cas, ralenti ou accéléré les prises de décision.

Quand les supporters de Tottenham et d’Arsenal se racontent des histoires du clubs, elles remontent aux années 1880. Pour le PSG, ce sont simplement les années 1970. Les généalogies du PSG comme du Paris FC sont d’ailleurs complexes, des labyrinthes de scissions et de fusions. Le football a connu à Paris une trajectoire en dents de scie. Elle a un peu effacé un patrimoine parisien du football qui oublie les grandes heures de clubs comme le Stade Français de Larbi Ben Barek ou le RC Paris de Roger Marche, longtemps recordman des sélections en équipe de France. Cette histoire mériterait sûrement d’être mieux connue et appréciée.

Le derby féminin PSG – PFC, un évènement majeur !

L’arrivée du Paris FC, sous la houlette de la famille Arnault, changera peut-être la donne, à condition de créer un état d’esprit club, autour d’une ambiance dans le stade, d’un esprit du jeu ou d’autres atouts à faire valoir. Dans ce contexte de pluralité retrouvée, il n’est pas inutile de regarder du côté de Saint-Ouen où le Red Star, qui évolue en Ligue 2, se trouve en bonne position au classement. Co-fondé en 1897 par Jules Rimet, le Red Star fut d’abord un club parisien avant son installation à Saint-Ouen. Et s’il montait en Ligue 1 ? Il pourrait profiter d’un stade Bauer en cours de rénovation.  Si le Paris FC n’était pas remonté à la fin de la saison dernière, il existerait tout de même une pluralité à Paris grâce aux féminines qui évoluent en Première ligue. Le Paris FC, depuis la fusion en 2017 avec Juvisy – le club de Gaëtane Thiney -, possède une section féminine de première qualité qui se pose en adversaire directe du PSG. Les derbys entre les deux clubs seront peut-être appelés à devenir des rendez-vous majeurs du sport parisien.

Le stade de San Siro-Giuseppe Meazza pour les matches du Milan AC et de l’Inter

de Milan à domicile (photo Michel Pautot)