Par Me Michel Pautot, avocat au barreau de Marseille, rédacteur en chef de Legisport

La 23ème Coupe du monde de football a débuté le 11 juin avec la rencontre Mexique – Afrique du Sud dans le mythique stade Aztèque de Mexico qui a vécu deux finales de l’épreuve en 1970 et en 1986. Le MetLife Stadium de New York accueillera la finale le 19 juillet. La France entrera en piste mardi face au Sénégal dans ce même stade de New York – un bon signe ?
Deux cent onze fédérations étaient engagées dans les éliminatoires, 48 sont qualifiées, un chiffre qui a beaucoup fait parler. Tout fait parler, et polémiquer, dans cette édition qui se déploie au Canada, aux Etats-Unis et au Mexique. Des pauses « fraicheur » au milieu de chaque mi-temps qui ne trompent personne – il s’agit plutôt d’amener de la « fraiche » publicitaire – aux prix des places ou des transports, en passant par les défis logistiques, l’épreuve dépasse les normes. A cela s’ajoute la situation internationale qui complique les choses, par exemple avec la présence de l’Iran°. Le tout étant coiffé, sinon couronné, par Donald Trump, le président des Etats-Unis et Gianni Infantino, président de la FIFA. Le ballet diplomatique a commencé par la remise du Prix de la Paix au président Trump quelques semaines avant…les frappes en Iran.
Pourtant, il ne s’agit que de football, ce même sport, avec les mêmes règles, que pratiquent à Marseille des centaines de gamins du SMUC, de l’ASPTT, du Burel FC ou encore de l’US Endoume Catalans. Et tout autant de minots dans toute la région. Il a comme un grand écart…
Les qualifications ont apporté des lots de belles histoires. Comme celle de Curaçao, un pays de moins de 160 000 habitants. Curaçao fut une colonie des Pays-Bas, le pays possède désormais un statut d’autonomie, mais son chef d’Etat reste le souverain des Pays-Bas. Les joueurs de la sélection sont des bi-nationaux, souvent nés aux Pays-Bas et évoluant en Europe. Leur qualification a provoqué un courant de sympathie, et a prouvé que l’argent ne peut pas tout. Ce petit pays est aussi une sorte d’arbre qui cache la forêt des absents, et pas des moindres. Huit des dix pays les plus peuplés du monde ne sont pas là, à commencer par la Chine. Les autres pays, sauf le Nigéria et la Russie, n’ont guère de culture football, comme l’Inde, le Pakistan ou l’Indonésie.
Il n’en reste pas moins que la compétition attire toujours plus de compétiteurs. 144 fédérations étaient en lice en 1994, 174 en 1998, 203 en 2010 et… 211 en 2026 – auquel il faut rajouter le ou les pays organisateurs. Petite comparaison : 193 Etats adhèrent à l’ONU. La FIFA « inventerait-elle » des pays ? Ce n’est pas nouveau, les nations du Royaume-Uni (Ecosse, pays de Galles…) pratiquent sous leur propre bannière depuis les origines.
La FIFA s’accommode ou anticipe les évolutions des nations, ou encore accepte des communautés de destin. Cela concerne aussi la France. Depuis 2001, la Nouvelle-Calédonie dispose de sa propre fédération tout comme Tahiti, depuis 1989. Les deux sont affiliées à la FIFA et ont participé aux éliminatoires, au sein de la Confédération du football d’Océanie. La Nouvelle-Calédonie a frôlé l’exploit. En perdant contre la Jamaïque, elle a échoué à la porte de la qualification. Une fédération qui anticipe une autonomie politique ?
L’épreuve pourra-t-elle favoriser, sinon apaiser, les relations entre les trois pays organisateurs ? Rien n’est moins sûr. Ce sera peut-être plus le cas en 2030, lors du centenaire de l’épreuve, avec le Portugal, l’Espagne et le Maroc. Si la FIFA souhaite mettre du baume sur les plaies du monde, pourquoi ne pas lui suggérer de réunir Maroc, Algérie et Tunisie ?
°Legisport a organisé le 8 mars 2026 à Paris un point-presse sur « Les enjeux de la géopolitique dans la Coupe du monde de football : l’Iran va-t-il participer au Mondial aux USA ? »
Tribune publiée dans « La Provence » le 14 juin 2026