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« Années 1970, les débuts des échanges internationaux des joueuses »

Madame Andreea Koenig, Vice-Présidente de la Ligue féminine de football professionnel

« Les années 1970 marquent les débuts des échanges internationaux des joueuses », nous déclare Madame Andreea Koenig, Vice-Présidente de la Ligue féminine de football professionnel (France) et Présidente du RC Lens féminin dans un instructif entretien sur le football féminin.

LEGISPORT : Vers quelle période les premières joueuses de football ont-elles commencé à s’expatrier ? Dans les années 1970, l’Allemande Monika Staab a joué à l’étranger, au PSG, à Queens Park…. Est-elle une pionnière ? Ou d’autres joueuses avaient précédemment franchi les frontières ?

Madame Andreea Koenig : Les années 70 marquent les débuts des échanges internationaux de joueuses, car c’est à cette époque que le football féminin a été officialisé dans plusieurs pays, dont le nôtre. Je sais que l’Italie a été très attractive à ce moment-là, car la FICG avait installé un semi-professionnalisme. Ces joueuses du Stade de Reims (qui ont aussi joué en Equipe de France), y sont allées : Dominique Dewulf, Nadine Julliard, Nicole Mangas. Aussi, dans la même période, on a eu quelques joueuses françaises qui se sont dirigées vers la Belgique, à Bruges (Isabelle Musset, Sylvie Pinte). Dans l’autre sens, Ann O’Brian, internationale irlandaise, est venue jouer à Reims puis ensuite, elle est partie en Italie. 

Ensuite, lorsque le football féminin est entré dans les programmes universitaires US, quelques joueuses y sont parties (dès les années 80-90). Mais c’est dans les années 2000 que se situe la « bascule » : des joueuses européennes sont parties aux US pour jouer dans la NAAC, puis massivement dans la toute nouvelle ligue pro américaine en 2001 : la WUSA. La première française : Marinette Pichon, puis Stéphanie Mugneret-Béghé, puis beaucoup d’autres.

LEGISPORT : Comment expliquez-vous l’augmentation des joueuses étrangères de football dans les différents Championnats européens ?

Madame Andreea Koenig : L’élargissement de l’Union Européenne et l’arrêt Bosman y sont pour beaucoup. La libre circulation de personnes à l’intérieur de l’Union Européens s’étend aux joueuses aussi! Ensuite, plus le football féminin se développe ; plus il est médiatisé, diffusé, plus les capacités de “scouting” s’améliorent. il y a de nos jours beaucoup plus de “data » qui permet un facile recrutement des joueuses étrangères. 

LEGISPORT : Des championnats européens accueillent-ils plus de 50% de joueuses étrangères et quelle est la situation exacte dans le Championnat de France de football féminin Arkema Première Ligue ?

Madame Andreea Koenig : Si je me fie a Fbref.com, c’est le cas de l’Angleterre, ou 64% des joueuses sont étrangères, et de l’Italie, avec 52% de joueuses étrangères.  Pour le Championnat de France de football féminin Arkema Première Ligue, nous sommes à 42% de joueuses étrangères sur les listes A. 

LEGISPORT : Pourquoi les clubs français de football ont-ils recours aux joueuses étrangères ?

Madame Andreea Koenig : Plus un championnat est attractif, professionnalisé et valorisé, plus il attire du talent. Notre championnat est l’un des meilleurs en Europe, nous avons une équipe (OL Lyonnes) qui a gagné 8 fois l’ UEFA Women Champions’ League. La création de la LFFP (Ligue féminine de football professionnel) a permis une structuration des sections féminines des clubs que beaucoup de pays nous envient. Les joueuses veulent jouer dans les meilleures conditions possibles, et en ce moment nous leur offrons cela, surtout par rapport à la majorité d’autres championnats européens. En plus, il y a l’UEFA  Women Champions League, où jouent OL Lyonnes, PSG, Paris FC, qui attire beaucoup les joueuses non-européennes : c’est le trophée club le plus prestigieux au monde. D’ailleurs, le pays le plus représenté dans notre championnat ce sont les Etats-Unis, dont plusieurs joueuses nous disent qu’elles viennent en France pour avoir la chance de jouer en UEFA Women’s Champions League. 

LEGISPORT : Comment cela se passe t -il dans votre club le RC Lens féminin ?

Madame Andreea Koenig : A peu près comme dans l’Arkema Première Ligue : 41% de joueuses étrangères (Algérie, Maroc, Sénégal, Bénin, Canada, Haiti, USA). 

LEGISPORT : L’internationalisation du Championnat féminin français va-t-elle continuer à augmenter ou au contraire stagner ?

Madame Andreea Koenig : C’est difficile à dire. A priori, avec les exigences croissantes quant au nombre de joueuses formées localement et joueuses formées au club, on devrait à minima se stabiliser autour des niveaux actuels. Ensuite, il y a de plus en plus de clubs qui ouvrent des centres de formation, donc le nombre de joueuses française devrait continuer à augmenter. En même temps, nous attirons beaucoup de talents étrangers compte tenu de l’attractivité de notre championnat comme nous venons de l’expliquer. Un équilibre naturel sera trouvé entre ces deux facteurs. 

LEGISPORT : La présence de joueuses de différents continents (Amérique du Nord et Sud, Océanie, Asie, Europe du Nord et Ouest) dans les clubs européens est bien connue mais il semble, à première vue, que les joueuses issues de l’Europe de l’Est, du Maghreb ou de l’Afrique soient moins nombreuses. Pourquoi ?

Madame Andreea Koenig : Simplement parce que le football féminin là-bas est moins développé au niveau des championnats nationaux, et ensuite car vu la faible médiatisation, il n’y a pas beaucoup de données pour les cellules de recrutement. Evidemment, certains clubs pourront toujours envoyer des scouts sur place, mais cela n’est pas à la portée de tout le monde. La plupart des clubs envoient leurs recruteurs au moment des compétitions intercontinentales. 

LEGISPORT : Après les joueuses étrangères, le recrutement des entraîneurs(es) étrangers(ères) vient compléter l’internationalisation des clubs et également des sélections nationales, comme par exemple la néerlandaise Sarina Wiegman, titrée avec l’équipe nationale d’Angleterre. Ce mouvement est-il nécessaire pour le développement du football féminin ?

Madame Andreea Koenig : Je ne dirais pas “nécessaire”, mais, comme pour les joueuses, il s’agit d’un phénomène normal pour toutes les raisons que j’ai cités ci-dessus liés à l’attractivité de notre championnat. Je trouve que la diversité des profils est un atout pour notre championnat : chaque entraineur étranger amène une philosophie de jeu qui enrichit notre jeu collectif. On apporte des nouvelles idées dont les autres peuvent s’inspirer. Regardez l’impact de Pep Guardiola sur la Première Ligue anglaise. Mais, en même temps, nous devons développer les filières de formation des entraîneurs français et augmenter le nombre de formations destinées au football féminin. 

LEGISPORT : Dernière question qui est plus personnelle, pouvez-vous détailler votre parcours, exemplaire, qui vous a amené à la présidence du RC Lens féminin et à la vice-présidence de la Ligue féminine de football professionnel ? 

Madame Andreea Koenig : Avant d’arriver dans le football, j’ai travaillé pendant 25 ans dans la finance, dans les salles de marché de banques Goldman Sachs, JP Morgan, Bank of America, à Londres et New York. J’ai toujours aimé le football, depuis mon enfance dans la Roumanie communiste, c’est une passion que mon père m’a transmise. À 50 ans, j’ai eu envie de vivre cette passion au quotidien. J’adore le football féminin pour une multitude de raisons: au niveau de la ligue professionnelle, on part d’une page blanche, on a la chance de construire  des championnats qui ont leur propre identité, qui ne sont pas des copier/coller du football masculin. Au niveau club, j’ai la chance d’apporter ma petite pierre à un édifice qui a 120 ans d’existence. J’aimerais développer la section féminine, la rendre plus populaire, plus soutenable.